À l’occasion de la Journée internationale des personnes handicapées : la projection de « We Push » stimule le dialogue sur une sécurité routière inclusive
Le 3 décembre 2025, l’Association africaine des agences chefs de file en sécurité routière (AARSLA) et le Programme de politiques de transport en Afrique (SSATP) ont commémoré la Journée internationale des personnes handicapées par une projection privée du documentaire « We Push – pour un monde sans barrières » (vidéo en anglais), suivie d’un échange ciblé sur l’avancement d’un transport et d’une sécurité routière inclusifs du handicap à travers l’Afrique.
L’événement a réuni des responsables, praticiens et défenseurs de la sécurité routière afin de réfléchir à la manière dont la conception, la technologie et les politiques peuvent agir de concert pour restaurer la mobilité, la dignité et les opportunités pour les personnes handicapées — tout en prévenant les traumatismes et leurs conséquences.
Une histoire de survie, de plaidoyer et d’innovation
« We Push » retrace le parcours inspirant de Charlotte Kangume, survivante d’un accident de la route qui transforme une tragédie personnelle en un plaidoyer puissant pour les droits des personnes handicapées et des systèmes de transport plus sûrs et plus inclusifs. Son histoire est étroitement liée au travail de l’Amputee Self-Help Network Uganda (ASNU), une organisation fondée par des amputés pour des amputés, afin de soutenir les survivants dans leur réadaptation post-traumatique. Grâce à l’ASNU, les survivants bénéficient d’un soutien par les pairs, de conseils pratiques et d’une voie à suivre au moment où les dispositifs formels de prise en charge post-accident sont souvent insuffisants. Le film met également en lumière l’innovation de Circleg, une entreprise suisse-kényane qui développe des prothèses plus abordables, démontrant comment la science, la conception et la collaboration transfrontalière peuvent élargir l’accès aux technologies d’assistance dans des contextes à faibles ressources.
Ensemble, ces récits révèlent une réalité systémique plus large : pour la plupart des survivants d’accidents de la route, la véritable lutte commence après le traumatisme initial. La stigmatisation, l’isolement et l’accès limité à la rééducation façonnent souvent le cours de leur vie bien après l’accident. À travers un plaidoyer ancré dans l’expérience vécue et des solutions pratiques, adaptées localement, le message central de « We Push » est clair : restaurer la mobilité revient fondamentalement à restaurer les droits humains et la dignité.
L’inclusion par la conception, et non par exception
Le programme s’est ouvert par des propos de bienvenue de Marisela Ponce de Leon, Responsable du pilier Sécurité routière du SSATP, qui a réaffirmé l’engagement du SSATP à rendre les systèmes de transport en Afrique plus sûrs et accessibles par la conception. Elle a souligné que l’inclusion du handicap doit être intégrée en amont — dans la planification, les normes d’infrastructure fondées sur la conception universelle, et des stratégies complètes de sécurité routière — plutôt que traitée comme une réflexion après coup. La réalisatrice Sandra Buehler a ensuite partagé des éclairages sur la réalisation du documentaire, décrivant son intention de mettre au premier plan des voix marginalisées et de transformer les récits autour du handicap. Laura Magni, de Circleg, a poursuivi avec des réflexions sur la mission de l’organisation : réduire les coûts et améliorer la qualité des soins prothétiques.
La réalité post-accident et les limites des systèmes actuels
Dans le prolongement du récit du film, Charlotte Kangume a partagé son expérience vécue, en tant que survivante, et mis en évidence les obstacles auxquels nombre de survivants continuent de se heurter bien après la blessure initiale — du coût élevé des prothèses aux réalités quotidiennes de la circulation dans des rues, des services et des transports publics inaccessibles. S’appuyant sur son travail avec d’autres survivants, elle a souligné comment le soutien mené par les pairs, les conseils pratiques et la solidarité communautaire peuvent combler des lacunes critiques là où les systèmes formels post-accident demeurent limités. Son intervention a renforcé un thème récurrent de la discussion : la prise en charge post-accident, la réadaptation et l’inclusion de long terme restent parmi les maillons les plus faibles des systèmes de sécurité routière.
De l’expérience à la politique : le rôle des institutions de sécurité routière
Dans ce contexte, la discussion s’est tournée vers le rôle des institutions de sécurité routière pour traduire ces réalités en politiques et en pratiques. Du côté de l’AARSLA, Andrew Kiplagart (Kenya), Président de l’Association, a insisté sur la nécessité d’intégrer l’inclusion dans les stratégies nationales de sécurité routière et les mandats des agences chefs de file. Il était accompagné de Lateef Ramoni (Nigéria), du Secrétariat de l’AARSLA, et d’Amon Mweemba, Vice-Président de l’AARSLA (Zambie), qui ont posé des questions et mis en avant des mesures pratiques pour que les agences chefs de file, les villes et les opérateurs intègrent les principes de conception universelle et assurent la participation significative des personnes handicapées tout au long de la chaîne, de la politique à la mise en œuvre.
Du cadre mondial à l’action opérationnelle
En conclusion, Marie-Chantal Uwanyiligira, Directrice-pays de la Banque mondiale, a souligné que l’inclusion est fondamentale — et non optionnelle. Elle a rappelé que l’accessibilité doit être intégrée dès la conception pour éviter des adaptations coûteuses et l’exclusion structurelle. Elle a également mis en avant le Cadre d’inclusion et de responsabilité en matière de handicap de la Banque mondiale, ainsi que le Cadre environnemental et social, comme des repères pratiques pour l’intégration systématique des considérations liées au handicap dans les opérations. Les échanges ont également réaffirmé une approche « double voie » : intégrer systématiquement le handicap dans tous les projets de transport et urbains, tout en menant des interventions ciblées là où des lacunes persistent.
Cinq appels à l’action clairs ont émergé de cette rencontre :
- Concevoir pour tous par défaut : intégrer les principes de conception universelle dans la planification et les normes des transports, de l’urbanisme et des infrastructures.
- Co-créer avec les personnes handicapées : associer les organisations de personnes handicapées (OPH) à toutes les étapes — politique, conception et mise en œuvre.
- Investir dans des données désagrégées par handicap : améliorer la mesure pour éclairer les décisions fondées sur des preuves et la redevabilité.
- Institutionnaliser l’accessibilité : aligner les codes de construction, les réglementations de transport et les systèmes urbains sur les exigences d’accessibilité.
- Renforcer les capacités des équipes : outiller les agences et les équipes de projet pour opérationnaliser efficacement les cadres d’inclusion.
Aller de l’avant : transformer le dialogue en mise en œuvre
En plaçant l’expérience vécue au cœur, en mettant en valeur des innovations concrètes et en alignant les engagements entre institutions, l’événement a contribué à catalyser l’élan vers une Afrique où les rues, les services et les systèmes fonctionnent pour tous.
Le SSATP et l’AARSLA remercient l’ensemble des participants et invitent les partenaires à porter ces engagements dans les prochains programmes et opérations — en faisant progresser la sécurité routière inclusive, en élargissant l’accès aux technologies d’assistance et en agissant ensemble pour un monde sans barrières.