Promouvoir les guichets uniques maritimes en Afrique francophone : de procédures fragmentées à des formalités d'escale coordonnées
Des ports efficaces sont essentiels à la connectivité économique de l'Afrique et à la facilitation des échanges. Pourtant, dans de nombreux pays, les navires doivent encore composer avec des exigences de déclaration fragmentées, des procédures papier et des contrôles duplicatifs entre les administrations maritimes, les autorités portuaires, les douanes et les agences aux frontières. Ces processus fragmentés ajoutent du temps et de l'incertitude aux escales et compliquent les formalités d'escale des navires.
Les Guichets uniques maritimes (GUM) sont conçus pour relever ce défi. En permettant aux agents maritimes de soumettre des informations réglementaires normalisées via un point d'entrée numérique unique, les GUM contribuent à rationaliser les formalités d'escale des navires, à renforcer la coordination entre autorités et à améliorer la transparence des opérations maritimes et portuaires. La mise en œuvre des GUM est également une exigence de la Convention de facilitation du trafic maritime international (Convention FAL) de l'Organisation maritime internationale (OMI), créant un impératif clair pour les pays de moderniser leurs systèmes d'autorisation d'escale des navires.
À travers l'Afrique, cependant, les progrès restent inégaux. Si des plateformes numériques ont été introduites dans plusieurs ports, la mise en œuvre est souvent limitée par une fragmentation institutionnelle, une coordination insuffisante entre les parties prenantes et un manque d'alignement entre les systèmes numériques et les processus d'autorisation d'escale existants. Dans de nombreux cas, le défi n'est pas seulement technologique, il est également institutionnel.
C'est dans ce contexte que l'atelier sur les Guichets uniques maritimes, tenu à Abidjan du 9 au 12 décembre 2025, a offert un forum pratique permettant aux pays d'examiner ces défis et d'approfondir leur compréhension de ce que requiert une mise en œuvre efficace des GUM.
Un forum sous-régional axé sur la mise en œuvre
L'atelier a été coorganisé par l'Organisation maritime internationale (OMI), le Programme de politiques de transport en Afrique (SSATP) et la Banque mondiale, et délivré dans le cadre du Programme intégré de coopération technique (PICT) de l'OMI, en étroite collaboration avec la Direction générale des affaires maritimes et portuaires de Côte d'Ivoire.
Il a réuni 79 participants, dont 20 femmes, en provenance du Bénin, du Cameroun, des Comores, du Congo, de la Côte d'Ivoire, de la République démocratique du Congo, du Gabon, de la Guinée, de Madagascar, de la Mauritanie, du Sénégal et du Togo, représentant les administrations maritimes, les autorités portuaires et les douanes. Les organisations portuaires régionales — notamment l'Association de gestion des ports d'Afrique de l'Ouest et du Centre (AGPAOC/PMAWCA), l'Association de gestion des ports de l'Afrique de l'Est et australe (PMAESA), l'Union des administrations portuaires d'Afrique du Nord (UAPNA) et le Comité africain des capitaines de port — ont également participé, aux côtés de l'Alliance africaine pour le commerce électronique (AACE/AAEC) et de représentants du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD).
De l'évaluation aux voies de mise en œuvre
Les discussions se sont appuyées sur des missions d'évaluation des besoins menées par l'OMI au Bénin, en Côte d'Ivoire, en Guinée, au Liberia, en Mauritanie, en Sierra Leone et au Togo. Ces évaluations ont inclus une analyse fonctionnelle des systèmes d'autorisation d'escale des navires existants, identifiant les principaux défis et des recommandations ciblées pour le déploiement des GUM.
Sur cette base analytique, les pays participants ont présenté leurs systèmes portuaires et d'autorisation d'escale actuels, permettant un échange structuré entre pairs sur les progrès accomplis, les contraintes rencontrées et les choix de mise en œuvre. Ces présentations ont mis en évidence des défis communs — particulièrement liés à la coordination, au séquençage et à l'interopérabilité — tout en reflétant la diversité des contextes nationaux.
Au fil de ces échanges, une conclusion claire s'est imposée : les GUM ne sont pas des solutions numériques autonomes. Les participants ont souligné que les GUM sont plus efficaces lorsqu'ils sont intégrés dans des écosystèmes de facilitation des échanges plus larges et alignés avec un système communautaire portuaire (PCS) existant ou un guichet unique du commerce extérieur (GUCE), nécessitant une coordination interinstitutionnelle et un alignement des processus en parallèle du développement numérique.
Structurer la réforme par la pratique et l'apprentissage entre pairs
Les sessions techniques se sont ensuite concentrées sur l'opérationnalisation de la mise en œuvre des GUM. Les discussions ont porté sur la réingénierie des processus métiers, l'interopérabilité, la conformité à la Convention FAL et l'efficacité portuaire, en s'appuyant sur la liste de contrôle GUM du SSATP présentée dans le document de travail intitulé Recommandations pour améliorer les infrastructures digitales des ports africains comme cadre pratique. Cette liste de contrôle a aidé à structurer les échanges autour de l'engagement politique, de la désignation d'une agence chef de file, du choix d'un modèle opérationnel, de la mobilisation des parties prenantes et de la réingénierie des formalités d'escale des navires.
Des études de cas africaines sur les GUM à Maurice, à Djibouti et au Maroc ont illustré différentes approches en matière de séquençage des réformes et de coordination des parties prenantes, confirmant la valeur de l'apprentissage entre pairs pour passer de l'évaluation à la mise en œuvre.
Dans une intervention en séance plénière, Jan Hoffmann a mis en avant l'importance des infrastructures portuaires numériques comme composante de la réforme portuaire plus large et a souligné le rôle des données dans l'amélioration de l'efficacité portuaire, en renvoyant à des indicateurs tels que l'Indice de performance des ports à conteneurs, l'Indice de performance logistique 2.0 et l'Indice de tension des chaînes d'approvisionnement mondiales.
Les discussions ont également abordé les aspects d'assistance technique et de financement, avec des contributions du SSATP, de la Banque mondiale et du Groupe de la Banque africaine de développement. Les représentants des associations portuaires régionales, dont l'Association de gestion des ports d'Afrique de l'Ouest et du Centre et l'Union des administrations portuaires d'Afrique du Nord, ont partagé leurs points de vue sur les défis de la numérisation dans les environnements portuaires africains.
Principales conclusions de l'atelier d'Abidjan
- Les GUM sont des réformes institutionnelles, et pas seulement des systèmes informatiques. Une mise en œuvre efficace requiert la coordination interinstitutionnelle et l'alignement avec les systèmes portuaires et de facilitation des échanges existants.
- La réingénierie des processus métiers est essentielle. L'analyse fonctionnelle et la simplification des processus sont des étapes clés dans la conception et le déploiement des GUM.
- Un leadership clair et une gouvernance solide comptent. La désignation d'une agence chef de file et un engagement soutenu des parties prenantes sont le socle des progrès.
- L'apprentissage entre pairs soutient la mise en œuvre. Les échanges entre pays aident à identifier des solutions pratiques et à éviter des approches fragmentées.
- L'assistance technique et le financement sont intégrés. La mise en œuvre des GUM bénéficie d'un appui structuré en parallèle de la conception technique.
Perspectives
En rassemblant décideurs, praticiens portuaires et organisations régionales, l'atelier d'Abidjan a renforcé la compréhension partagée de ce que la mise en œuvre des GUM implique concrètement. Il a réaffirmé que l'avancée des Guichets uniques maritimes exige coordination, séquençage et engagement institutionnel durable, plutôt que des initiatives numériques isolées.
Dans le prolongement de cette dynamique, l'OMI, le SSATP et la Banque mondiale prévoient d'organiser deux ateliers supplémentaires sur les GUM en 2026 pour les pays africains anglophones et lusophones, avec des sessions envisagées à Dar es Salaam et à Accra, afin d'élargir les opportunités d'apprentissage entre pairs et de soutien à la mise en œuvre.